Fluor Architecture - Guillaume Avenard et Hervé Schneider

Un bâtiment paysage

OBERHAUSBERGEN / Notre proposition pour le périscolaire est une parenthèse enchantée dans un jardin extraordinaire, où les
repères sont bouleversés, une scénographie immersive au service du dépaysement ludique de l’enfant.

Le projet prend place en coeur d’îlot, dans un environnement d’habitations individuelles entremêlées d’espaces verts.
Dans ce secteur, les constructions de service public tels l’école maternelle ou le bâtiment technique Orange empruntent aux
codes de l’architecture domestique pour s’y intégrer.

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Installé au nord de la parcelle, Le programme astreint à la possibilité de sur-bâtir l’extension. La réponse logique et économique est la mise en oeuvre d’une
toiture plate en attente de surélévation.
Elle s’oppose toutefois au postulat de l’homogénéisation des constructions du quartier par leurs profils et gabarits.
L’extension ne peut donc se couvrir d’une toiture à deux pans au risque de ne pouvoir accueillir de surélévation ultérieure ni
prendre l’apparence d’un bâtiment à toiture terrasse sans dénoter dans son environnement.
Par ailleurs, le souhait de pouvoir ajouter un niveau complet à l’extension pose également la question du dessin d’un projet non
abouti, capable de doubler de taille tout en conservant esthétique et cohérence.
Ainsi, combinant postulat et contraintes programmatique, l’extension prend le parti, radical, d’être un mouvement du sol et non
une Nième construction du site.
Le projet est alors une part d’espace paysager en attente d’édifice. Il n’en est pas pour autant une simple étendue verte sans
intérêt mais une construction origamique à l’échelle de la parcelle dont les plis participent à la résolution des attentes du programme.
Le nouveau périscolaire affiche une image respectueuse de son voisinage tout en ayant une identité forte et attend sans trembler
d’être agrandi…
IMPLANTATION DE L’EXTENSION /// IMPACT MINIMUM
Peu démonstrative, l’extension vise à s’intégrer autant que possible dans le site. Son implantation est le résultat de calages dans
les trois dimensions afin de répondre simultanément aux contraintes du site et du programme.
L’analyse des installations existantes révèle que, en l’état, le bâtiment n’est pas configuré pour accueillir convenablement des
enfants, notamment au sous-sol semi enterré. Pour ce faire, une amenée de lumière et des vues substantielles doivent être aménagées
par le biais d’un mouvement du terrain naturel. L’extension se tient donc en retrait de la zone sud de la parcelle afin de
permettre la création d’une vaste et douce déclivité.
Au nord, la façade de l’extension se positionne à distance de celle de l’école maternelle. Avec la préoccupation de minimiser
son impact sur les constructions avoisinantes, l’extension est installée au niveau du terrain naturel, en contrebas des salles de
classes maternelles les plus proches, et leur garantie vues dégagées et lumière abondante. De plus, sa composition crénelée
et son orientation non parallèle au chemin piéton augmentent l’espace entre les deux constructions et évitent l’effet de « couloir
» actuellement observable avec les bâtiments modulaires.
De plain-pied avec les abords de la parcelle, la nouvelle structure ne nécessite pas de remblais et se trouve d’autant plus accessible
aux Coccinelles, aux personnes à mobilité réduite ou aux livraisons dont la voie de desserte n’est pas modifiée.
ORGANISATION FONCTIONNELLE /// DANS LE STRICT RESPECT DU PROGRAMME
La répartition en plan du projet respecte en tous points les liaisons fonctionnelles du programme.
Le public accède à l’établissement au moyen d’un large parvis à l’ouest de la parcelle quand les livraisons, l’évacuation des déchets ou la maintenance technique sont assurées via la cour de service à l’est du terrain.
L’extension présente un aménagement en « plan libre » garantissant une organisation interne claire et fonctionnelle tout en permettant la diffusion de lumière naturelle, des vues et des cadrages variés. La position des espaces est alors évidente et les cheminements optimisés. Les enfants y établissent et trouvent leurs repères.
La nouvelle structure est donc un « outil » simple et efficace pour les utilisateurs, tant Coccinelle qu’Aventuriers. Les entités programmatiques sont clairement réparties et fonctionnent de manière parfaitement autonome.
Dans l’entre-deux, le bureau de direction, point central du dispositif, jouit d’une vision sur l’ensemble du hall et des accès, intérieurs comme extérieurs.
L’édicule existant de circulations verticales, vétuste et très contraignant au filtre de la réglementation en vigueur et des schémas du programme, est démoli. Une nouvelle cage d’escalier encloisonnée est judicieusement dessinée pour desservir tous les niveaux de l’établissement, y compris celui de la future sur-élévation.
AMBIANCES /// POUR UN UNIVERS SPÉCIFIQUE
Le temps périscolaire est un temps singulier dans la vie de l’enfant : plus tout à fait scolaire, encore régi par les règles de la collectivité et à objectifs pédagogiques. L’ambition du projet est donc, par la qualité des espaces, de proposer une ambiance spécifique à la structure, différente de celle de l’école ou de la maison, et d’installer les enfants dans un univers ludique, propice à l’évasion.
Il place enfants et encadrants dans des conditions favorables d’activités variées, de temps libre où l’enfant se réveille ou, au contraire, décompresse d’une longue journée.
A ce titre, les « plis » du sol constituent une expérience unique, permettant un rapport « dessus – dessous – à travers » la nature. Le projet, dont la topographie met à distance du parking, est une « parenthèse enchantée », protectrice et stimulante. Il convoque divers champs lexicaux supports d’histoires et de jeux.
D’autre part, l’éclairage en second jour et les nombreuses ouvertures vitrées des cloisons participent pleinement à la qualité des locaux, apportant éclairage doux ou contrôlé le cas échéant.
Faciliter la localisation et l’orientation des plus jeunes dans l’espace par l’éveil de leur regard constitue un apprentissage important, apte à leur permettre d’acquérir confiance et autonomie. L’ouverture et la fluidité de l’espace, comme de ses frontières, contribuent à développer leur expérience relationnelle en évitant le repli sur soi. Le périscolaire peut alors également devenir un lieu d’apprentissage et de socialisation.
ACOUSTIQUE /// CONFORTABLE
Le traitement acoustique des locaux du projet permet d’assurer une qualité d’audition en tout point du local afin d’éviter une fatigue accélérée et la baisse de concentration. Dans les salles d’activités, qui serviront également de salle à manger, des traitements complémentaires seront prévus aux murs et permettront de traiter les échos flottants par absorption et/ou diffusion. Ces éléments permettront de traiter les réflexions acoustiques et la problématique des sources images qui sont à l’origine de l’augmentation des niveaux de bruit ambiant liés à la présence des enfants.
La position des locaux source de nuisance potentielle est optimisée vis à vis d’espaces plus calmes. Ainsi par exemple, la salle de repos est isolée des autres espaces par la circulation et les placards qui l’entourent.
Les matériaux employés permettront par leur masse d’éviter la transmission des sons entre les espaces contigües (béton) ou participeront à l’absorption à l’intérieur du local lui-même (complexe de liège expansé et de fibre de coco).
A l’extérieur, les sources de nuisances paraissent faibles (peu de trafic routier à proximité immédiate). Toutefois, les châssis vitrés sont équipés en conséquence et les coffres de store sont installés en extérieur afin de ne pas produire de point faible dans l’isolation.
Enfin, les locaux techniques sont regroupés dans un volume autonome, au sous-sol de l’extension et une attention particulière sera portée à la diminution des niveaux de bruit générés par les équipements de chauffage et ventilation, aussi bien en ce qui concerne les transmissions solidiennes que les bruits aériens.
PERFORMANCE ÉNERGÉTIQUE /// OPTIMUM
Suivant les demandes du programme, l’approche environnementale du projet vise notamment la bonne relation du bâtiment avec son environnement immédiat, le confort acoustique des utilisateurs, la qualité sanitaire de l’air et de très bonnes performances de confort d’été.
Pour cela, le projet s’affranchi du recours à un catalogue de principes théoriques présupposés vertueux qu’on ne saurait appliquer ou qui sembleraient inadaptés au contexte.
En effet, les orientations programmatiques, et particulièrement la répartition des salles d’activités des Coccinelles, amènent à développer l’extension sur un seul niveau pour optimiser sa fonctionnalité. Ce parti architectural en diminue parallèlement la compacité.
Aussi, afin d’assurer les performances énergétiques imposées par la réglementation mais également de garantir un réel confort thermique, la solution compensatoire consiste à la mise en oeuvre d’une structure à forte inertie en béton, isolée par l’extérieur et recouverte de végétation extensive.
Dans le même esprit, les salles d’activités des Coccinelles sont orientées au nord-est en cohérence avec les vues disponibles du site (cour végétalisée de l’école maternelle) et bénéficient d’une lumière diffuse sans risque d’échauffement des vitrages ni besoin d’occultations contraignantes en période chaude.
Les aventuriers ne sont pas en reste… Le bâtiment existant est entièrement isolé par l’extérieur et de grandes baies (triple vitrage) sont créées en façade nord-ouest afin de garantir vues dégagées et lumière naturelle de qualité. Les enfants sont ainsi installés en balcon sur le terrain de jeux extérieurs. Des brise-soleils orientables extérieurs les protège des rayons de fin de journée.
Ainsi, de par sa conception, son orientation et l’optimisation des enveloppes thermiques, le projet dépassera les objectifs de la RT2012 en bonne intelligence avec son contexte pour des espaces confortables.
SUR-ÉLÉVATION ULTÉRIEURE /// TOUT EST POSSIBLE !
Bien que ne connaissant pas encore la dimension, la position précise ni l’organisation intérieure de la sur-élévation souhaitée, le projet prend d’ors et déjà les dispositions techniques et constructives pour permettre une multitude de configurations et ne pas limiter les concepteurs ultérieurs.
Ainsi, sa structure, à la toiture parfaitement plate, sera réalisée en béton. L’épaisseur de la dalle sera surdimensionnée pour pouvoir reprendre les charges d’une sur-élévation (en ossature bois) qui pourra donc être implantée indépendamment des refends du rez-de-chaussée et sur toute sa surface.
(Seules les rives faisant protection passive des vitrages, construites en bois pour éviter le pont thermique, ne pourront recevoir de charges).
La couverture du local vélo et sa façade nord seront réalisées en ossature légère, amovible, pour permettre la mise en place dans cette zone d’un escalier assurant l’évacuation à l’air libre des utilisateurs de l’étage.
Les locaux techniques et la galerie visitable sont positionnés pour limiter les réseaux et desservir aisément le nouveau niveau.
Dans le même esprit, ils ont des proportions aptes à accueillir les installations nécessaires à une structure périscolaire agrandie. Des gaines surdimensionnées en taille ou en nombre sont dès à présent réparties en plan afin de répondre aux nouveaux besoins.
Si les futurs architectes auront la liberté technique de concevoir la sur-élévation, ils auront également une grande marge de manoeuvre quant à sa morphologie et son esthétique. En effet, le « bâtiment-sol » laisse toute latitude pour accueillir un ou des édicules, « posés » dans l’espace vert…
INTERVENTION PAYSAGÈRE /// UN MONDE EXTRAORDINAIRE
De l’architecture et de l’optimisation de la topographie du site est né un écrin doux, simple et naturel pour y nicher un monde extraordinaire, hors du temps et des contraintes.
Du mouvement de plissage du bâtiment naissent les courbes, valons et plateaux d’un jardin de jeux. Les espaces extérieurs des Coccinelles et Aventuriers y sont distincts, des reliefs doux et enveloppants les séparent.
Les sols des deux cours et la rampe reliant ces deux plateaux sont constitués de revêtements non abrasifs, autant que possibles perméables et naturels tels que des sables stabilisés, terres pierres enherbés, gravillons roulés, copeaux de bois agglomérés, … pour les parties horizontales, rochers et galets géants, pavés de bois, fascines de châtaignier et autres structures vivantes pour maintenir les talus, paver les rampes.
La clôture de la cour est implantée de façon à s’effacer au profit des plantes volubiles et grimpantes qui l’habillent; derrière ou dans une haie vive composés de nombreuse essences favorisant l’avifaune, permettant de créer un abris à hérisson, installer des nichoirs, observer des insectes mais également de protéger les enfants de la vue du parking.
Le jardin est ombragé par quelques grands arbres judicieusement placés, les talus accueillent des îlots de jardinage, des gradins et des marches, un toboggan, des pas japonais, un rocher refuge pour jouer à chat… et des recoins pour s’isoler, se retrouver.
En dehors du jardin extraordinaire, les abords serviront de transition, suture avec l’existant conservé, les clôtures seront plantées en pieds de volubiles et grimpantes pour plus de souplesse, les pieds de façades plantées de couvres sols et vivaces pour servir de premier plan aux vues rasantes ouvertes depuis le rez-de-chaussée du bâtiment vers le nord et l’ouest.
Le projet réduit au minimum les surfaces imperméabilisées et ne nécessitera aucune intervention de tonte régulière. Toutefois créer un vaste espace naturel, vivant, implique de contenir, entretenir et nettoyer le jardin. La nécessité de maintenance sera limitée aux espaces de jeux grâce à l’optimisation et la simplification des besoins d’entretien des abords.
Les massifs arbustifs et couvres sols composés de grands aplats mono-spécifiques (pour plus de simplicité d’entretien) sont accompagnés d’un paillage pour réduire les opérations complexes de nettoyage et simplifier les entretiens de désherbages.
Les aménagements paysagers ne nécessitent pas d’arrosage automatique : arrosage manuel ponctuel pour les arbres et arbustes lors de leur plantation et les premières années d’implantation en cas de sécheresse prolongée.

 

Fiche technique

Lieu : Oberhausbergen (67, France)

Mission : Base + EXE + OPC
Budget : 2,3 M€ HT
Surface : 1 500 m²
Livraison : concours 2017

Maîtrise d’ouvrage : Commune d’Oberhausbergen

Projet PASSIF

Paysagiste : Gabriel Milochau
Économiste,BET Fluides, OPC: Ingedec
BET Structure: Hagenmuller
Acoustique: ESP

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